La nature de la monnaie selon Ludwig von Mises (3/3)

Par Jörg Guido Hülsmann.

Comme nous l’avons vu ici et Ludwig von Mises a réfléchi sur la nature de la monnaie. Premièrement, il a commencé par hiérarchiser ses fonctions (à savoir : moyen d’échange, réserve de valeur, et unité de compte). Deuxièmement, il a clairement distingué la monnaie et les « substituts monétaires ». Troisièmement, il a établi qu’on ne pouvait pas quantifier ou chiffrer la satisfaction et attribuer une valeur constante à la monnaie.

Mises a démontré qu’il n’existe aucune relation quantitative constante entre l’action humaine et ses répercussions dans la sphère sociale. Par exemple, une augmentation de la demande de pommes doit nécessairement mener à des prix plus élevés que si la demande était restée stable, mais il n’existe aucune loi universelle permettant de déterminer qu’une hausse de 10 % de la demande doit entraîner une hausse des prix de par exemple 8 % ou 14 %. Les données réelles dépendront toujours des circonstances particulières liées à chaque situation.

CONTRE LES CHARTALISTES

Quatrièmement, Mises s’est attaqué de façon plus directe que Carl Menger aux affirmations des chartalistes, partisans d’une vision étatiste de la monnaie. Alors que Menger pensait que la monnaie pouvait émerger spontanément sur un marché libre, les économistes étatistes affirmaient que la monnaie était une création de l’État.

Ce débat peut être retracé jusqu’au temps de Platon et d’Aristote. Il a continué de faire rage à travers tout le Moyen-Âge, et un consensus fut trouvé temporairement par les économistes de l’école classique qui défendaient un point de vue similaire à celui de Menger. Mais à la fin du XIXe siècle, les étatistes ont fait leur grand retour et ont contre-attaqué. Cernuschi en France, Neupauer en Autriche et Lexis en Allemagne ont réaffirmé l’idée que c’est à l’État de décider de ce qui doit être utilisé comme monnaie1.

 

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La nature de la monnaie selon Ludwig von Mises (2/3)

Ludwig von Mises (Crédits : LVMI, licence Creative Commons)

Entre les débauches monétaires des banquiers centraux et la Théorie monétaire moderne, il est utile de revoir les thèses classiques pour se vacciner contre la folie.

 

Par Jörg Guido Hülsmann.

Comme nous l’avons vuLudwig von Mises a réfléchi sur la nature de la monnaie. Premièrement, il a commencé par hiérarchiser ses fonctions (à savoir : moyen d’échange, réserve de valeur et unité de compte). Deuxièmement, il a clairement distingué la monnaie et les « substituts monétaires ».

Troisièmement, Mises a réfuté l’idée que les prix représentent une mesure appropriée de la valeur d’un bien. Il s’est appuyé sur le travail de l’économiste tchèque Franz Cuhel qui, quelques années plus tôt, dans son ouvrage intitulé Zur Lehre von den Bedürfnissen (Théorie des besoins), a résolu plusieurs problèmes fondamentaux que posait la théorie mengerienne, qui était encore nouvelle à cette époque.

Cuhel était un partisan de la théorie psychologique de l’utilité marginale (Gossen-Jevons-Wieser), mais plusieurs de ses contributions à la théorie de la valeur et de l’utilité se sont néanmoins révélées très utiles. Cuhel a réfuté la théorie de l’utilité marginale développée par Böhm-Bawerk et Wieser, selon laquelle l’utilité de chaque unité à l’intérieur d’une certaine quantité de biens est identique.

D’après Böhm-Bawerk, l’utilité résultant de la consommation de plusieurs unités d’un produit est proportionnelle à la quantité de produits. Par exemple, la satisfaction retirée de la consommation de 15 prunes serait égale à 15 fois la satisfaction retirée de la consommation d’une prune.

Cuhel s’est opposé à cette idée, arguant qu’elle était en contradiction avec la loi des rendements décroissants, c’est-à-dire le fait que la satisfaction retirée de la consommation d’une unité d’un produit tend à décroître avec la quantité consommée, autrement dit chaque unité supplémentaire consommée nous procure moins de satisfaction que la précédente.

 

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La nature de la monnaie selon Ludwig von Mises (1/3)

Entre les débauches monétaires des banquiers centraux et la Théorie monétaire moderne, il est utile de revoir les thèses classiques pour se vacciner contre la folie.

Par Jörg Guido Hülsmann.

En tant qu’authentique disciple de Carl Menger, Ludwig von Mises débuta la présentation de sa théorie monétaire par une analyse de la nature de la monnaie. Il poursuivit par la question du pouvoir d’achat d’une monnaie et de l’effet sur le système monétaire des instruments fiduciaires, c’est-à-dire les moyens de paiement non adossés à un actif réel, ce qu’il appelait Umlaufsmittel.

Mises s’est beaucoup appuyé sur le travail de Carl Menger pour traiter du sujet de la nature de la monnaie. Carl Menger, le père fondateur de l’École autrichienne d’économie, expliquait que la monnaie ne peut être définie en fonction simplement des caractéristiques physiques des métaux ou autres marchandises utilisées en tant qu’instrument d’échange.

D’après lui, pour qu’une marchandise puisse être utilisée comme une monnaie, elle doit être

  1. une matière première
  2. utilisée comme moyen d’échange intermédiaire
  3. principalement achetée et vendue dans le but précis de pouvoir réaliser de tels échanges.

Menger a également mis en avant le fait que la monnaie émerge spontanément dans un marché libre pour apporter une solution au fait que les besoins des agents économiques coïncident rarement de façon simultanée. Un moyen d’échange intermédiaire est par exemple nécessaire lorsqu’un artisan fabricant de chaises a besoin d’acheter des œufs, mais que le fermier ne souhaite pas avoir de chaises supplémentaires, ou lorsqu’un peintre désire acheter une bière auprès d’un brasseur, mais que ce dernier n’apprécie pas son art. Ils ont donc intérêt à vendre dans un premier temps leur production en échange de matières premières, telles que le sel, le blé, ou des pièces d’argent, afin d’utiliser ultérieurement ces « instruments d’échange » pour acheter des œufs ou de la bière.

Ceci implique que l’existence d’un système monétaire est possible sans intervention du gouvernement et sans l’existence au préalable d’un contrat social.

 

 

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Malgré les réformes de Macron, la France a le marché du travail le plus rigide des pays développés

 

par 

 

La crise des gilets jaunes a évincé la lutte contre le chômage de l’agenda politique français. Le chômage demeure pourtant un fléau pour l’hexagone. Un fléau d’autant plus insupportable que la France fait de plus en plus figure d’exception. La plupart des grandes économies de l’OCDE ont éradiqué le chômage du vocabulaire politique.

FIGURE 1 : taux de chômage dans les pays de l’OCDE (Q3/Q4 2018)

FIGURE 1 : taux de chômage dans les pays de l'OCDE (Q3/Q4 2018)

La réforme promise par le candidat Emmanuel Macron devait simplifier la réglementation du marché du travail. Ce dernier avait particulièrement insisté sur la décentralisation du système de négociation collective et la nécessité de rendre les procédures de licenciement sensiblement moins coûteuses.

Nous avions déjà relevé, dans un rapport et des articles, le manque d’ambition de ces réformes en soulevant le fait qu’elles ne résoudraient pas le problème de la rigidité des rapports salariaux de manière substantielle.

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La “théorie de la valeur”

Dès la première page du Cours d’économie politique(1896-97), Vilfredo Pareto prévenait que:

“Notre étude a pour objet les phénomènes qui résultent des actions que font les hommes pour se procurer les choses dont ils tirent la satisfaction de leurs besoins ou leurs désirs.

Il nous faut donc
– d’abord examiner la nature des rapports entre les choses et la satisfaction de ces besoins ou de ces désirs, et
– tâcher ensuite de découvrir les lois des phénomènes qui ont précisément ces rapports pour cause principale.” (Pareto, 1896-97, §3).
Avec cette façon de s’exprimer, il se référait très vraisemblablement, mais tacitement
– à l’approche “autrichienne”, toute nouvelle alors , de l’économie politique et
– à l’accent qu’elle mettait sur la notion d’ « action humaine » (et plus généralement sur la « praxéologie »),
le “résultat de l’action humaine” pouvant être considéré désormais comme un type de « valeur » par excellence qui cachait la notion d'”action humaine”.

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, des économistes “autrichiens” avaient en effet commencé à mettre l’accent sur les conséquences logiques des « actions humaines », des actes économiques des gens plutôt que sur les résultats de ces actes, étant donnés leurs intentions, besoins ou désirs et le fait que la réalité économique n’était jamais que l’ensemble de tous ces résultats, observés ou non (cf. Asser, 1893).
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Asser, H.L. (1893) “Frédéric Bastiat et les néo économistes autrichiens”, Journal des économistes, mars, pp. 337-346.
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1. Un peu d’histoire sur la « théorie de la valeur ».

Mais Pareto laissait aussi entendre par son propos qu’il se séparait des auteurs « autrichiens » pour conserver l’approche originelle de l’économie politique, à savoir la « théorie de la valeur »,

Longtemps en effet, l’économie politique a procédé de la seule théorie dite “de la valeur”.
Il ne semble pas excessif de dire que celle-ci a même été au départ de l’économie politique davantage que, par exemple, la « théorie de la quantité de monnaie » ou la « théorie du commerce international » (cf. ce billet de mon blog de juillet 2014).

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Etrange echo : Discours préliminaires. Jean Baptiste Say. Traité d’économie politique. 1804.

Mais ce qui a surtout contribué au progrès de l’économie politique, ce sont les circonstances graves dans lesquels le monde civilisé s’est trouvé enveloppé depuis quarante ans. Les dépenses des gouvernements se sont accrues à un point scandaleux ; les appels que, pour subvenir à leurs besoins, ils ont été forcés de faire à leur sujet, ont averti ceux-ci de leur importance ; le concours de la volonté générale, ou du moins ce qui en a l’air, a été réclamé, sinon établie, presque partout. Des contributions énormes, levées sur les peuples sous des prétextes plus ou moins spécieux, n’ayant pas même été suffisantes, il a fallu avoir recours au crédit ; pour obtenir du crédit, il a fallu montrer les besoins comme les ressources des Etats ; et la publicité de leurs comptes, la nécessité de justifier aux yeux du public les actes de l’administration, ont produit dans la politique une révolution morale dont la marche ne peut plus arrêter.

Tout fait et récit ayant une correspondance ou ressemblance avec les faits relatés dans ce texte seraient pure coïncidence !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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Travail et monnaie, deux valeurs abstraites.

Le mot “valeur” fait partie de ces mots d’économie politique déformés ou dénaturés de plus en plus, et cela depuis le XVIIIème siècle, dont l’empilement des types, espèces, genres, et autres formes n’a de cesse, quoique la “théorie de la valeur” en soit le point de départ.

1. Les choses, des valeurs, un type de valeur.

Depuis bien avant J.B. Say (1767-1832), le savant économiste a supposé que, fondamentalement, les gens voyaient des “valeurs” dans les choses ou, si on préfère, dans les choses, un type de “valeur”.
En effet, existaient des choses (“res” en latin) sensibles ou non aux facultés ou capacités des personnes juridiques physiques, vous et moi, dont l’ensemble était la réalité économique.
En particulier, selon Say,

“Quand on les [choses] considère sous le rapport de la possibilité qu’elles confèrent à leur possesseur d’acquérir d’autres choses en échange, on les appelle des valeurs; ” (Say, 1815, p.14)

Ils allaient même au delà et voyaient dans la “valeur”,
–  des quantités de choses et
– des taux ou rapports  imaginés d’une (quantité de) chose contre une autre.

2. Le bien ou le mal, d’autres valeurs …

Parallèlement, si on peut dire, depuis François Quesnay (1694-1774) – et le Code civil de France l’a institutionnalisé fin XVIIIème -début XIXème siècles -, on a eu aussi tendance à identifier le “bien” (ou le “mal”…) à telle ou telle chose, à une valeur…

Alors qu’on redoutait les maux, on appréciait les biens.

Reste que, comme l’écrivait Mises (1881-1973) dansL’action humaine :
“Un bien économique ne doit pas nécessairement être incorporé dans quelque chose de tangible.
Les biens économiques non matériels sont dénommés services”.

“An economic good does not necessarily have to be embodied in a tangible thing.
Non material economic goods are called services” (Mises, 1949, p.94)
Cela a amené le savant économiste à voir dans la “valeur”,
–  des quantités de biens, “meubles” ou “immeubles”, et
– des taux ou rapports  imaginés d’une (quantité de) bien contre une autre.

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