Le budget, la dette & le social

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certificats de monnaie et substituts de monnaie bancaires

Human_Action_scholars_edition_brown_coverMises écrit dans Human action ” alors que la quantité des certificats de monnaie est callactiquement sans importance, une diminution du volume des instruments fiduciaire affecte la détermination du pouvoir d’achat de la monnaie, de la même façon que le font les variations dans la quantité de monnaie“. [MISES  P503 version human action institut Coppet.]

Quelle est la différence entre certificats de monnaie et instruments fiduciaires ?

Georges Lane :

Pour Mises, les “certificats de monnaie” sont des substituts de monnaie adossés à des choses réelles, à des objets, à la “quantité de monnaie”, par exemple l’or ou l’argent :

certificats au passif et objets/monnaie à l’actif.

Les certificats de monnaie sont un instrument fiduciaire – “fiat money” – pour autant qu’ils reposent sur la confiance entre celui qui émet et celui reçoit.

A chaque instant, le titulaire de certificats peut en demander la conversion à l’émetteur dans l’objet.

Le certificat peut être 100% de l’objet ou inférieur à 100%, dans ce dernier cas, on dira qu’il y a “réserve fractionnaire”.

Avec l’interdiction de la convertibilité en or des substituts de monnaie bancaires au XXème siècle, il n’y a plus de conversion possible.

Il n’y a plus non plus de “confiance” à faire intervenir – l’expression “fiat money” est impropre -,  il y a l’obligation pour les gens de les utiliser.

Les substituts de monnaie bancaires sont devenus ce que Rueff a dénommé “néant habillé en monnaie”, ce qu’on peut aussi dénommer “pseudo monnaie” – “ruled fiat money” -.

En pratique, aujourd’hui, les “pseudo monnaies” sont dénommées “monnaie”, à tort!.

Cf. http://blog.georgeslane.fr/post/2010/05/09/L-inversion-de-la-causalit%C3%A9.

 
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Que nous dit l’école autrichienne en économie sur la crise ?

À l’inverse de Keynes, les économistes de l’école d’économie autrichienne voient dans les manipulations monétaires la cause des cycles économiques. Loin d’être inhérents à nos systèmes dits capitalistes, ils sont la conséquence d’un trop grand laxisme dans la création de monnaie. Selon eux, un excès de monnaie – créé en multipliant les crédits offerts – va financer des projets d’investissement qui ne pourront pas tous être terminés, faute de ressources réelles.

Au fur et à mesure que les acteurs vont s’en rendre compte, ils vont dans un premier temps chercher par tous les moyens des ressources pour finir leurs projets. Faute de les trouver, ils devront mettre la clé sous la porte. Ils se verront donc dans l’incapacité de rembourser les emprunts qui leur ont permis de se lancer dans ces aventures, menaçant ainsi la solvabilité des banques qui leur ont fait ces prêts. La faillite d’un entrepreneur n’est pas un drame majeur pour la collectivité dans son ensemble. Elle peut être gérée assez facilement, en accompagnant l’entrepreneur concerné, ses salariés et ses créanciers.

La faillite des entrepreneurs

En revanche, le problème est dû au fait qu’il arrive qu’un très grand nombre d’entrepreneurs fassent faillite au même moment. Il n’est plus question de la faillite d’un seul entrepreneur, mais d’un grand nombre d’entre eux qui font ensemble des « malinvestissements ». L’ampleur des erreurs ainsi commises rend impossible un atterrissage en douceur. Le problème vient de ce que la création monétaire, qui s’exprime à travers une politique généreuse de crédit, suscite de véritable « cycles d’erreurs ». Elle trompe de nombreux acteurs, leur permettant de se lancer dans des projets qui se révéleront impossibles à terminer. Donc générateurs de pertes.

Car ces nouveaux crédits émis de façon excessive trouveront acquéreur à des taux d’intérêt artificiellement bas. Or les taux d’intérêt sont une référence pour évaluer la profitabilité d’un projet. Lorsqu’on les manipule, on brouille la vision de l’entrepreneur et sa capacité à anticiper correctement ses profits et ses pertes potentiels. Le calcul économique, dont nous avons vu qu’il était nécessaire à un développement rationnel et durable, s’en trouve faussé.

La suite ici

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La semaine des sept erreurs économiques

Il y a au moins sept erreurs dans l’économie politique majoritaire actuelle qui prétend rendre compte de la réalité (cf. ce texte d’août 2015).
Erreur n°1:
préférer étudier la “rareté des choses” plutôt que l'”abondance des actions” des gens pour rendre compte de la réalité.

A entendre des économistes de la secte, il faut mettre l’accent sur les (quantités de) choses en propriété observée des gens et la “rareté” que celles-ci sont censées cacher.

On peut laisser de côté l’abondance des actions connues de la personne expliquée par les abondants besoins/désirs qui la poussent à agir, pour n’étudier que la rareté des (quantités de) choses en propriété des gens, un jugement de valeur particulier sur leurs résultats.

Sur ce dernier point, je rejoins en partie Antoine-Augustin Cournot dans son livre intitulé Recherche sur les principes mathématiques de la théorie des richesses (1838) quand il écrivait préférer l’idée abstraite aux idées accessoires :

3. Il faut bien distinguer
– l’idée abstraite de richesse ou de valeur échangeable, idée fixe, susceptible par conséquent de se prêter à des combinaisons rigoureuses,
– d’avec les idées accessoires d’utilité, de rareté, d’appropriation aux besoins et aux jouissances de l’homme , que réveille encore, dans le langage ordinaire, le mot de richesses : idées variables et indéterminées de leur nature, sur lesquelles dès lors on ne saurait asseoir une théorie scientifique.”

Une des idées accessoires a été, en effet, au départ des économistes dits “autrichiens” par les “historiens de la pensée économique”, c’est-à-dire les plus ou moins marxistes, à savoir la notion de “rareté”.

Mais, à l’opposé de ce dont n’avait pas pipé mot Cournot, les “économistes autrichiens” ont comme autre idée, idée à la fois abstraite et de tous les jours, la notion d'”action humaine”.

Voir le Blog du Professeur Georges Lane

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Le “parti libéral”, cet inconnu.

“D’où vient que le parti libéral, qui, au temps des Cobden, des J.-B. Say, des Bastiat, etc., paraissait avoir la victoire assurée à bref délai, n’existe même plus maintenant, dans la plupart des États du continent européen ?”

Cette interrogation est tirée d’un texte de Vilfredo Pareto en date de juin 1897 et a anticipé sur la situation que nous connaissons aujourd’hui, où rien n’a changé à 120 ans d’intervalle, en prévision de l’élection présidentielle de mai 2017.

Le billet qui suit, s’intéresse d’abord à la réponse qu’avait proposée Pareto à sa question sur le “parti libéral” …
“Vous êtes un vaillant, vous continuez à lutter pour la liberté, vos écrits et vos conférences sont remplis de bon sens pratique, mais vous devez vous-même avoir des doutes sur l’issue du combat.

Pour moi, je suis tenté de croire que la partie est bien à peu près perdue, sauf en Angleterre et peut-être en Suisse.

Pour le reste de l’Europe, il se pourrait que le triomphe du socialisme ne fût qu’une question de temps.

La suite sur le Blog du Professeur Georges Lane

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L’incompréhension et les économistes « autrichiens ».

Paris, le 22 août 2016.

. Définir ou ne pas définir.
. Fritz Machlup.
. Emil-Maria Claassen.
. Henri Guitton.
. L’économie politique, une science.
. Le principe de la valeur.
. Bastiat et le principe de la valeur.
. Pareto et la théorie de la valeur.
. Les dénaturations …


1. Définir ou ne pas définir.

a. Fritz Machlup (1958).
Il y a près de soixante ans, Fritz Machlup (1902-83) insistait sur le chaos scientifique où se trouvait alors l’économie politique car, souvent, un même mot économique avait un grand nombre de significations et car personne ne savait laquelle considérer dans tel ou tel raisonnement tenu (cf. ce texte d’août 2015).

Dans l’article, il avait pris l’exemple de la notion d'”équilibre économique” et s’était chargé, à sa façon, de la “purifier”, de lui rendre sa nature (cf. Machlup, 1958, “Equilibrium and Disequilibrium: Misplaced Concreteness and Disguised Politics”, The Economic Journal, Vol. LXVIII, mars)… Depuis lors, rien n’a changé dans le bons sens, les mots s’entassent avec des significations diverses qui n’en finissent pas.

Ainsi, à tous les mots d’hier dont “valeur” ou “monnaie” (dont, en particulier, les économistes n’ont jamais expliqué l’émergence, l’origine ou la pérennité par l’invention), se sont ajoutés des mots plus récents comme “liquidités” ou “coûts de transaction”, voire des confusions entre, par exemple, les moyens d’échange et les intermédiaires des marchandises qui contribuent à empêcher de comprendre les causes de l’apparition de ce qu’on a dénommé “monnaie” au XIXème siècle.

Bref, l’économie politique est incompréhensible pour le commun des mortels pour ces premières raisons. Mais il y en a d’autres.

b. Emil-Maria Claassen (1970).
Dix ans après Machlup, sans référence à celui-ci même si…, Emil-Maria Claassen (dans son ouvrage sur l’Analyse des liquidités et sélection de portefeuille, P.U.F.,1970) était allé plus loin si l’on peut dire et regrettait l’habitude croissante des savants économistes de ne pas définir les notions employées.

Il en arrivait à dire que ce qu’on dénommait “monnaie” était fonction de l’économiste qui en parlait, du problème qu’il traitait.

Toujours l’incompréhension donc.

c. Henri Guitton (1979).
Dix ans plus tard encore, sans référence aux auteurs précédents, Henri Guitton (dans le livre intitulé De l’imperfection en économie, Calmann-Lévy, col. “Perspectives de l’économique”, série “critique”, Paris, 1979) considérait que les définitions scientifiques n’avait pas de pouvoir sur l’opinion. Vive la connaissance inutile ?

2. L’économie politique, une science.

Dans l’ouvrage (cf. une “critique”), Guitton revenait aussi sur l’opposition qu’il avait proposée en 1951 (cf. une “critique”)entre l’économie politique “à l’image des sciences physiques” et l’économie politique “science de l’action humaine” et continuait à s’interroger, certes en conclusion, sur la “valeur” de cette proposition.

Soit dit en passant, il y a, d’abord, deux grandes écoles de pensée scientifique : celle selon qui la science, c’est la méthode, et celle selon qui la science, c’est la mesure (cf. Henri Poincaré , Science et méthode, 1908).

En matière d’économie politique, la science de la mesure a gagné officiellement depuis au moins la décennie 1940.

En France, en témoigne chaque jour l’existence du monopole de production de données que le législateur a créé sous le nom d’I.N.S.E.E. en 1946 et dont le premier directeur déclarait alors qu’il fallait « passer de la France des mots à la France des chiffres » (cf. Desrosières, 2003).

Aux Etats-Unis d’Amérique, à la même époque, la Cowles Foundation allait suivre la même démarche.

Et on en est arrivé à des débats sur la mesure à quoi le commun des mortels ne comprend rien (cf. ce texte d’août 2016 sur ce qui est dénommé “produit intérieur brut”, mesure exemplaire).

Quand Guitton avait exprimé sa proposition pour la première fois, c’est-à-dire en 1951, l’économie politique à l’image des sciences physiques était en fait déjà un fourre-tout innommable où intervenaient des mécaniques, des mathématiques, des psychologies et … des richesses. On ne peut que regretter qu’il n’ait pas évolué sur le point entre 1951 et 1979 et n’ait pas mis le doigt sur le fourre-tout.

3. Le principe de la valeur.

Pour sa part, l’économie politique science de l’action humaine n’avait pas encore de nom alors, mais bien vite des “historiens de la pensée économique”, à savoir des “marxistes”, lui ont donné celui d'”économie autrichienne”, vraisemblablement parce que la développaient des économistes du moment comme Ludwig von Mises ou Friedrich von Hayek ou en mémoire de Eugen von Böhm-Bawerk et de ses démêlés avec Karl Marx (cf. ce texte d’août 2016).

En vérité, les savants de l'”économie autrichienne” développaient le mot “valeur”, non pas dans le sens marxiste absurde de “valeur travail”, mais dans le sens plus élaboré que J.B. Say  (1767-1832) avait utilisé dans son Catéchisme en 1815 pour définir l’économie politique :

“Dans un ouvrage élémentaire, où l’on est obligé d’emprunter le langage commun, surtout en commençant, j’ai dû renoncer à des expressions plus exactes, mais qui supposent dans le lecteur – et plus d’instruction – et plus de capacité pour réfléchir.

Tous les biens capables de satisfaire les besoins des hommes, ou de gratifier leurs désirs, sont de deux sortes : ce sont – ou des richesses naturelles que la nature nous donne gratuitement comme l’air que nous respirons, la lumière du soleil, la santé ; – ou des richesses sociales que nous acquérons par des services productifs, par des travaux.

Les premières ne peuvent pas entrer dans la sphère de l’économie politique, par la raison qu’elles ne peuvent être ni produites, ni distribuées, ni consommées.
Elles ne sont pas produites, car nous ne pouvons pas augmenter, par exemple, la masse d’air respirable qui enveloppe le globe ; et quand nous pourrions fabriquer de l’air respirable, ce serait en pure perte, puisque la nature nous l’offre tout fait.

Elles ne sont pas distribuées, car elles ne sont refusées à personne, et là où elles manquent (comme les rayons solaires à minuit), elles sont refusées à tout le monde.

Enfin, elles ne sont pas consommables, l’usage qu’on en fait ne pouvant en diminuer la quantité.

Les richesses sociales, au contraire, sont tout entières le fruit de la production , comme on le voit dans la suite de l’ouvrage ; elles n’appartiennent qu’à ceux entre lesquels elles se distribuent par des procédés très-compliqués et dans des proportions très-diverses ; enfin, elles s’anéantissent par la consommation.

Tels sont les faits que l’économie politique a pour objet de décrire et d’expliquer. (Note de l’Auteur) ”

Selon la phrase de J.B. Say :

“Comment donne-t-on de la valeur à un objet?”,

la réponse était:

“en lui donnant une utilité qu’il n’avait pas”.

Très précisément, Say expliquait :

“qu’entendez-vous par l’utilité ?
J’entends cette qualité qu’ont certaines choses de pouvoir nous servir, en quelque manière que ce soit.”

Certes, le propos de Say partait un peu dans tous les sens, mais il touchait au fait que les choses sont serves et que seuls les gens leur donnent, chacun, une valeur.

Jeremy Bentham (1748-1832), un de ses contemporains, mais anglais, précisait alors le sujet de l’utilité dans Introduction to the Principles of Morals and Legislation (1789) de la façon suivante :

“Utility […] that property in any object, whereby it tends
– to produce benefit, advantage, pleasure, good, or happiness … or …
– to prevent the happening of mischief, pain, evil, or unhappiness” ;

* en français:

“L’utilité […] cette propriété de tout objet, par quoi elle tend
– à produire bénéfice, avantage, bien, ou bonheur … ou …
– à éviter la survenance de perte, douleur, mal ou malheur”.

Et Carl Menger (1840-1921), économiste “autrichien”, va développer le sujet de la valeur effleuré par Say par la notion d'”utilité”, dans la seconde moitié du XIXème siècle.

4. Bastiat et le principe de la valeur.

En 1850, dans le livre intitulé Harmonies économiques, Frédéric Bastiat (1801-50) a fait le point sur le “principe de la valeur“, domaine premier de l’économie politique (cf. ce texte d’octobre 2015 ou celui-ci de décembre 2015).

D’après lui, la “valeur”, c’était alors:
– pour Adam Smith (1723-1790), la matérialité et la durée,
– pour David Ricardo (1772-1823), le travail,
– pour Henri Storch (1766-1835), le jugement,
– pour Jean Baptiste Say (1767-1832), l’utilité,
– pour Nassau Senior (1790-1864), la rareté.

Etaient, chacune, “valeur”, les choses, les quantités de choses, les taux ou rapports d’une (quantité de) chose contre une autre, les prix, les utilités données aux choses.
Par “choses”, il fallait entendre les produits et les facteurs de production, d’une part, et, d’autre part, les marchandises et leurs intermédiaires.

Dans la droite ligne de Smith, de la matérialité et de la durée de la chose, David Ricardo avait privilégié un des facteurs de production, à savoir le travail.

Il cachait ainsi le privilège donné par l’économiste à la production sur l’échange comme si la production était plus importante que l’échange, comme si l’action humaine était d’abord action de production et non pas action de production ou action d’échange…

Il cachait aussi sa méthode qui consistait à mesurer le travail par le “temps”, la “durée”, notion étrangère à l’économie politique. Senior avait mis l’accent sur un aspect de la matérialité et de la durée de Smith, il l’avait dénommé “rareté”.

La “rareté” cachait la quantité de chose à l’instant “t” et une norme ignorée, à savoir celle que ceux qui en parlaient dénommaient ainsi.

Pour sa part, Storch avait généralisé, sans le savoir ou en le sachant, l’originalité de la notion d’utilité de Say, en y voyant un jugement de la personne sur la chose (cf. un de ses livres où intervenait Say https://archive.org/details/coursdconomiepo02saygoog).

Reste que Bastiat s’était posé la question suivante:

“Faut-il voir le principe de la valeur dans l’objet matériel et, de là, l’attribuer par analogie, aux services ?”

Et y avait répondu :

“Je dis que c’est tout le contraire, il faut le reconnaître dans les services et l’attribuer ensuite, si l’on veut, par métonymie, aux objets matériels.”

Mais aux “services” de Bastiat, Ludwig von Mises (1881-1973) préférera les “actes d’échange” de l’homme.

5. Pareto et la théorie de la valeur.

Un demi-siècle après Bastiat, dans son Cours d’économie politique (§§78-82) de 1896-97, Vilfredo Pareto (1848-1923) est revenu sur toutes les théories de la valeur antérieures (dont celles de Say et de Bastiat) et a ajouté à leurs propos  :
– ceux de Karl Marx (1818-83) qui faisait référence explicitement à la “marchandise” (cf. §18),
– ceux de Gustave de Molinari (1819-1912) qui expliquait la valeur par l'”intensité comparée des besoins” (cf. §81) et
– ceux de Stanley Jevons (1835-82) qui, selon Pareto, aurait introduit le concept de “taux d’échange de choses” en économie politique (cf. §74) et qu’il a dénommé “prix d’une chose en une autre chose”, une fois la chose conclue.

On remarquera en passant, avec étonnement, que Raymond Barre (1924-2007) n’a pas évoqué ce point dans son ouvrage intitulé Economie politique (Thémis, 1969, 8ème éd.) qui se voulait pourtant général!

Pour qu’il n’y ait plus d’ambigüité sur le mot “utilité” qui était pris alors pour être tantôt objectif, tantôt subjectif, Pareto a introduit la notion d'”ophélimité” pour désigner l'”utilité subjective”, laissant la notion d'”utilité” désigner l'”utilité objective”…
Et Pareto de préciser :

“L’ophélimité élémentaire est le final degree of utility de Jevons, la marginal utility des auteurs anglais… ”

Ce qui lui a permis de distinguer la notion, nouvelle alors, d'”ophélimité élémentaire” de l’ancienne notion d’utilité.

Comme il l’a indiqué, Pareto a adopté sa dénomination “ophélimité” pour insister sur le caractère “subjectif” de l’utilité, ce que Say, trois quarts de siècle plus tôt, n’avait pas cru bon de faire tant, d’après lui, l’utilité ne pouvait qu’être subjective.

D’après Pareto, en effet:

“82. Une autre grande classe de théories met la source de la valeur dans l’utilité. Cette conception est développée par J. B. Say. [… ]

Il est difficile, en bien des cas, de se rendre compte si les économistes veulent parler – de l’utilité subjective (ophélimité), ou – de l’utilité objective.
Quand ils portent leur attention spécialement sur ce sujet, ils les distinguent, mais bientôt ils les confondent.
C’est là, à proprement parler, outre l’omission de la considération des quantités, le défaut de cette classe de théories.
J. B. Say a pourtant très bien vu le caractère subjectif de la valeur; il dit:
‘La vanité est quelquefois pour l’homme un besoin aussi impérieux que la faim. Lui seul est juge de l’importance que les choses ont pour lui et du besoin qu’il en a.'”  (Pareto, op.cit. §82)

En relation avec ce qu’avait écrit Léon Walras (1834-1910), Pareto a aussi identifié l’ophélimité élémentaire à la “rareté relative”.

Malheureusement, ce que Pareto a proposé est resté lettre morte par la suite, en particulier aux Etats-Unis d’Amérique à partir de la décennie 1930 où ses propos ont été dénaturés … (cf. ce texte de juillet 2009).

C’est le marginalisme dévoyé (sauf par les économistes “autrichiens”), bien connu aujourd’hui dans son principe, même si beaucoup d’erreurs sont commises à son sujet.
Par exemple, Barre y voyait “la découverte et l’élaboration des principes théoriques fondamentaux” (Barre, op.cit., p.48).

Il fait référence à la “marge”, à la “dernière unité” cernée ou encore à la “prochaine unité attendue avec incertitude” en ligne de mire, étant donné l’hypothèse que la notion d’utilité est une relation “proportionnée” à la valeur de la chose, monotone croissante, mais à taux décroissant.

Il est ainsi question d'”utilité marginale” de la personne.

Il est aussi question de “produit marginal”, de “revenu marginal”, de “productivité marginale” d’un facteur de production, etc.

6. Les dénaturations …

La notion d'”utilité” de Say a ainsi donné lieu à une double dénaturation par,
– d’une part, la préférence que le savant économiste “non autrichien” a donné à l’utilité dite “marginale” sur l’utilité quand, implicitement, il ne faisait pas intervenir la “valeur travail” (cf. ci-dessus) et,
– d’autre part, l’utilité dite “collective” pour ne pas dire “socialiste” (objective ou subjective, cardinale ou ordinale, on ne le sait trop le plus souvent comme l’a expliqué Murray Rothbard dans ce texte de 1956…) dont, par exemple, Kenneth Arrow a fait ses choux gras à partir de la décennie 1950 (cf. ce texte de janvier 2014).

Ces dénaturations ont été évitées par les seuls économistes, dits “autrichiens” par les “marxistes”, depuis lors, les autres essayant de voguer dans leurs “trous noirs“.

 

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Les socialismes de l’économie politique.

Paris, le 15 août 2016.

1. Le chaos scientifique.

Il y a près de soixante ans, Fritz Machlup (cf. ce texte d’août 2015) insistait sur le chaos scientifique où se trouvait alors l’économie politique car un même mot économique avait un grand nombre de significations et car personne ne savait laquelle considérer dans tel ou tel raisonnement tenu (cf. Machlup, 1958, “Equilibrium and Disequilibrium: Misplaced Concreteness and Disguised Politics”, The Economic Journal, Vol. LXVIII, mars)…

Il a pris l’exemple de la notion d'”équilibre économique” et s’est chargé, à sa façon, de la “naturaliser”, de lui rendre sa nature.

Depuis lors, l’économie politique en cour et ses savants stipendiés ont laissé de côté les propos de Machlup comme s’ils voulaient mieux accentuer le chaos, les socialismes …
Aujourd’hui, la liste des “mal définis à dessein” est indénombrable.

Deux d’entre eux me semblent essentiels:
– ce qu’on dénomme “valeur” (cf. ce texte d’octobre 2015),
– ce qu’on dénomme “monnaie” abusivement (cf. ce texte mars 2016).
J’ai déjà eu l’occasion d’en parler, dans des billets précédents  j’y reviendrai.

Dix ans plus tard, Emil-Maria Claassen (dans son ouvrage sur l’Analyse des liquidités et sélection de portefeuille de 1970) regrettait l’habitude croissante de ne pas définir les notions employées et en arrivait à dire, par exemple, que ce qu’on dénomme “monnaie” était fonction de l’économiste qui en parlait, du problème qu’il traitait.

Dix ans plus tard encore, Henri Guitton ( dans le livre intitulé De l’imperfection en économie, Calmann-Lévy, col. “Perspectives de l’économique”, série “critique”, Paris, 1979) considérait que les définitions scientifiques n’avait pas de pouvoir sur l’opinion.

Et les socialismes envahirent la France en 1981 à l’aide des semis que leurs membres avaient inoculés antérieurement (au nombre de quoi il y avait la psychologie et la comptabilité nationale).

A propos de la psychologie, je vous renvoie à ce texte de novembre 2013.

. L’insensée comptabilité nationale.

S’agissant de la comptabilité nationale, il convient de souligner qu’aujourd’hui, dans tous les milieux, parler d’économie politique se résume à évoquer le “produit intérieur brut” de la France (P.I.B.), des variations de celui-ci alors que la réalité en question ne recouvre pas  un ensemble de produits, mais un ensemble de marchandises échangées par les gens, à quoi les statisticiens ont ajouté, sans aucune raison, d’autres éléments qu’ils ont évalués à leur façon, et donc sans aucune raison.

Comment donc prouver que les jugements de valeur ne sont pas des énoncés de fait ? Cf. François Guillaumat, Liberpedia.

A ces fausses notions de P.I.B. et de variations du P.I.B. – de “croissance” comme disent certains – sont additionnées, dans le discours, les “exportations” dont se flattent, par exemple, les politiques qui en parlent.

Produits et marchandises font pourtant deux sauf quand on veut mettre de côté les échanges et sur un piédestal la production.

Mais alors pourquoi insister sur les échanges avec l’étranger que sont les exportations et ne pas dire qu’on veut que l’économie politique soit une vaste production aux mains des hommes de l’état?

La “France des mots” est bien devenue la “France des chiffres”, objectif du premier directeur du monopole de production de données qu’est l’I.N.S.E.E. (1946), mais la France des chiffres ne reposent sur aucune vérité d’économie politique (cf. Desrosières, 2003).

 

2. Une proposition mal centrée.

Dans son ouvrage de 1979 (cf. une “critique”), Guitton revenait aussi sur l’opposition qu’il avait proposée en 1951 (cf. une “critique”) entre l’économie politique “à l’image des sciences physiques” et l’économie politique “science de l’action humaine” et continuait à s’interroger, certes en conclusion, sur la “valeur” de cette proposition.

Quand il l’avait exprimée pour la première fois, l’économie politique à l’image des sciences physiques était en fait déjà un fourre-tout innommable où intervenaient des mécaniques, des mathématiques, des psychologies, des statistiques…

Pour sa part, l’économie politique science de l’action humaine n’avait pas encore de nom, mais bien vite des historiens de la pensée économique, à savoir des marxistes, lui ont donné celui d'”économie autrichienne”, vraisemblablement parce que la développaient des économistes du moment comme Ludwig von Mises ou Friedrich von Hayek.

Fidèles à eux-mêmes, c’est-à-dire à leurs mensonges, ces marxistes cachaient que les économistes autrichiens ne faisaient que développer l’économie politique antérieure à Marx et à leurs malversations, à savoir l’économie politique de Condillac, de Say, de Bastiat, de Pareto.

Ils ont été aidés, convenons-en, dans la décennie 1930, par des économistes plus ou moins socialistes, émigrés de l’Europe de l’Est aux Etats-Unis d’Amérique, qui n’ont pas hésité à dénaturer ce que Pareto avait écrit avant 1905 et à appliquer la mathématique du groupe Bourbaki, nouvelle mathématique alors, à ce qui devenait la “science économique”.

 

3. Les socialistes.

Avant d’être “autrichienne”, l’économie politique est aussi française et des économistes américains, en petit nombre, n’ont pas hésité, ces dernières décennies, à le rappeler à leurs collègues qui prennent pour point de départ de ce qu’ils développent, des erreurs (cf. Tarascio (1972), Weatherby Jr. (1976) ou Humphrey (1992)).

Il est difficile de dire qu’ils ont été entendus.

La “crise financière” de la décennie 2000 s’est certes chargée de faire comprendre aux financiers de cesser d’écrire n’importe quoi sur leur sujet de prédilection et de le publier.

Mais les socialistes restent arc-boutés sur leurs mythes tous azimuts (cf. ce texte de début août 2016).

Et ce sont eux qui, autant dans l’Union européenne qu’aux Etats-Unis d’Amérique, tiennent, chacun, l’état pour faire payer aux prélevés les coûts qui en résultent…

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