Travail et monnaie, deux valeurs abstraites.

Le mot “valeur” fait partie de ces mots d’économie politique déformés ou dénaturés de plus en plus, et cela depuis le XVIIIème siècle, dont l’empilement des types, espèces, genres, et autres formes n’a de cesse, quoique la “théorie de la valeur” en soit le point de départ.

1. Les choses, des valeurs, un type de valeur.

Depuis bien avant J.B. Say (1767-1832), le savant économiste a supposé que, fondamentalement, les gens voyaient des “valeurs” dans les choses ou, si on préfère, dans les choses, un type de “valeur”.
En effet, existaient des choses (“res” en latin) sensibles ou non aux facultés ou capacités des personnes juridiques physiques, vous et moi, dont l’ensemble était la réalité économique.
En particulier, selon Say,

“Quand on les [choses] considère sous le rapport de la possibilité qu’elles confèrent à leur possesseur d’acquérir d’autres choses en échange, on les appelle des valeurs; ” (Say, 1815, p.14)

Ils allaient même au delà et voyaient dans la “valeur”,
–  des quantités de choses et
– des taux ou rapports  imaginés d’une (quantité de) chose contre une autre.

2. Le bien ou le mal, d’autres valeurs …

Parallèlement, si on peut dire, depuis François Quesnay (1694-1774) – et le Code civil de France l’a institutionnalisé fin XVIIIème -début XIXème siècles -, on a eu aussi tendance à identifier le “bien” (ou le “mal”…) à telle ou telle chose, à une valeur…

Alors qu’on redoutait les maux, on appréciait les biens.

Reste que, comme l’écrivait Mises (1881-1973) dansL’action humaine :
“Un bien économique ne doit pas nécessairement être incorporé dans quelque chose de tangible.
Les biens économiques non matériels sont dénommés services”.

“An economic good does not necessarily have to be embodied in a tangible thing.
Non material economic goods are called services” (Mises, 1949, p.94)
Cela a amené le savant économiste à voir dans la “valeur”,
–  des quantités de biens, “meubles” ou “immeubles”, et
– des taux ou rapports  imaginés d’une (quantité de) bien contre une autre.

La suite sur le Blog du Professeur Georges Lane

Posted in Non classé | Leave a comment

En matière de réglementation, les USA sont pires que la Suède

Par Philippe Lacoude.

S’il est très facile de constituer une entreprise – un simple formulaire d’une page suffit dans presque tous les États – et s’il est trivial de demander un numéro d’immatriculation fiscale – le fisc n’a-t-il pas intérêt à faire entrer des impôts ? – les problèmes commencent une fois ces démarches accomplies : aux États-Unis, les réglementations sont pléthoriques et les fonctionnaires souvent tatillons.

Si l’on examine la composante business freedom (liberté du commerce) de l’Index of Economic Freedom (indice de liberté économique) de la Heritage Foundation et du Wall Street Journal, les États-Unis se classent seulement à la dix-huitième place mondiale. Ce score est un peu meilleur que la moyenne mais il n’est pas aussi bon que celui de Singapour ou de Hong Kong. En fait, en matière de réglementations, les États-Unis sont pires que la Suède, la Norvège ou la Finlande.

Si l’on observe le nombre de pages dans le Federal Register (le journal officiel de l’État Fédéral aux États-Unis), on constate une explosion de la production des administrations centrales au cours des 80 dernières années :

La suite sur Contrepoints

 

Posted in Bureaucratie | Leave a comment

Restaurer l’économie politique.

1. Joseph Salerno (1976).

Dans une conférence donnée en 1976, publiée en 1978 (cf. https://www.researchgate.net/publication/237492207_COMMENT_ON_THE_FRENCH_LIBERAL_SCHOOL), traduite récemment par Arthur Gautier de l’Institut Coppet ), Joseph Salerno a montré qu’il existait dans l’économie politique anglo-saxonne une véritable « conspiration du silence » concernant le travail et les réalisations du “Groupe de Paris” et de l’”École libérale française” en économie politique.
Il s’avère que le propos de Salerno complète des billets antérieurs que j’ai écrits sur le sujet et qui mettaient l’accent sur des économistes américains qui remettaient en question ce qu’il était convenu d’accepter aveuglément: – l’un à propos de la “boite d’Edgeworth Bowley” de juillet 2014, – l’autre à propos de la préférence donnée à Marshall sur Cournot, d’octobre 2016.
Bien d’autres billets du même ordre pourraient être cités comme celui qui dénonçait la causalité de la “quantité de monnaie” sur l’activité économiqueen juin 2014.

2. «Bannissement” ou «proscription”,

J’ajouterai à la démonstration de Salerno que je partage, qu’il existe aussi dans l’économie politique française un véritable «bannissement” ou, si on préfère, une véritable «proscription”, méconnu des économistes qui essaient de développer les idées du “Groupe de Paris” plutôt que ceux du «néo socialo marxisme» ambiant en France.
Sur ce dernier point, je ne saurais trop faire allusion au sort réservé au jury du Concours de l’agrégation de sciences économiques de l’enseignement supérieur en 2004 (cf. ce billet de juillet 2007).

3. les hommes de l’état.

Le moteur de la situation se trouve dans l’initiative permanente des hommes de l’état de France depuis la décennie 1870 qu’a évoquée, mais sans y insister, Salerno dans le texte.
On peut y lire en effet que:

… “En réalité, la domination du Groupe de Paris sur la science économique française fut si complète et son adhésion aux principes du laissez-faire si tenace que le gouvernement français lui-même, sentant la menace, chercha à réduire l’influence du groupe.
En 1878, lorsque le gouvernement créa des chaires d’économie politique dans toutes les facultés de droit [cf. ce billet de 2016], il s’arrangera pour nommer le moins de professeurs possibles qui fussent favorables aux idées du Groupe de Paris.
Cet épisode marqua la fin de l’autorité incontestée de l’Ecole libérale, dont l’influence sur la science économique française déclinera progressivement jusqu’à la guerre, ‘même si le noyau dur des champions du laissez-faire, non moins remarquable pour sa longévité que pour sa force de conviction, résistera tel les Spartiates de Léonidas aux Thermopyles’ (Joseph A. Schumpeter, History of Economic Analysis (New York: Oxford University Press, 1954), p. 843).”

Soit dit en passant, à sa façon, l’absence de scientificité que reproche Joseph Schumpeter à l’Ecole libérale française, n’est en réalité qu’une démonstration de son acceptation tacite du scientisme qui fait qu’il n’a pas à être considéré comme un “économiste autrichien”, contrairement à l’habitude des historiens de la pensée économique…

4. S’opposer au bannissement.

Il s’agirait de s’opposer une bonne fois pour toutes, à ce lancinant bannissement qui ne tient pas à une prétendue faiblesse analytique de l’Ecole libérale française dans la “théorie de l’équilibre économique général”, la seule qui existait alors, comme certains s’en sont formalisés contre toute attente.

5. Développer l’Ecole libérale française.

Il s’agit de faire connaître, et de développer, la vision lucide de l’Ecole sur les soubassements méthodologiques propres à  l’économie politique qu’elle a adoptée et qu’ont toujours refusés – non seulement les hommes de l’état français, – mais aussi ceux d’autres pays, entichés qu’ils sont désormais d’”approches de théorie macroéconomique”, pour le moins déraisonnables.

C’est à cela que vise le présent blog ainsi que celui-ci (http://blog.georgeslane.fr/).

Posted in Economie Autrichienne | Leave a comment

Carl Menger, fondateur de l’école autrichienne d’économie

Carl Menger est non seulement le fondateur de l’École autrichienne d’économie, mais aussi l’un des pionniers de la science économique moderne par la publication de son ouvrage classique, Principes d’économie politique, en 1871. Comme ses disciples qui lui succèderont, Carl Menger, né en 1840 dans l’empire austro-hongrois, est à la fois un homme de pensée et d’action. Il a débuté sa carrière comme journaliste, avant d’être successivement employé dans un ministère, universitaire, tuteur du prince héritier de la couronne impériale, et conseiller économique du gouvernement autrichien. Parmi ses multiples contributions à la pensée économique, on peut en retenir trois.

La première, au début des années 1870, a marqué l’histoire de la science économique en raison d’une coïncidence remarquable : trois intellectuels vivant dans trois pays différents d’Europe et qui ne se connaissaient pas ont fait une découverte simultanée concernant la notion de valeur. Avec Menger, le Suisse Léon Walras et l’Anglais Stanley Jevons ont compris que la valeur d’un bien ne dépend pas de la quantité de travail qu’on a consacré à sa production, comme le soutenaient les économistes classiques de Smith à Marx, mais de l’utilité qu’attribuent les consommateurs à l’obtention d’une unité additionnelle de ce bien. C’est cette quantité additionnelle « à la marge » qui compte, et c’est pourquoi on a décrit cette découverte comme la « révolution marginaliste ».

LA SUBJECTIVITÉ DE LA THÉORIE DE LA VALEUR

Parmi les trois découvreurs, Carl Menger est celui qui a le plus mis l’accent sur l’aspect subjectif de la théorie de la valeur. Elle permet de comprendre de nombreux phénomènes économiques auxquels nous sommes confrontés au quotidien. À partir d’un raisonnement en termes d’utilité marginale décroissante (plus je consomme d’un bien, moins je retire de l’utilité à la prochaine unité consommée), on peut ainsi expliquer pourquoi l’eau dans un désert aura un prix élevé, tandis qu’à côté d’une source où elle est abondante, le prix sera faible. La rareté contribue à expliquer la valeur.

Pour prendre un exemple contemporain, pourquoi le prix d’un déplacement avec le service Uber peut-il devenir soudainement plus élevé en l’espace de quelques minutes, alors que rien n’a changé dans le coût de produire le service ? C’est tout simplement parce que dans certains contextes, par exemple lorsqu’il pleut, on retrouve soudainement plus de consommateurs prêts à payer davantage pour ce mode de transport parce qu’ils accordent une valeur plus grande à un déplacement additionnel. Cela fait grimper les prix, ce qui attire des conducteurs inoccupés prêts à profiter de cette demande. C’est ainsi que le marché tend vers une meilleure satisfaction des consommateurs lorsque les prix sont flexibles et reflètent mieux la valeur du bien.

La deuxième contribution originale de Menger est de nature méthodologique. Il s’opposait à l’école historique allemande qui considérait que l’on ne pouvait comprendre l’économie qu’en se basant sur l’histoire des faits. À l’inverse, selon l’Autrichien, on peut, à partir de la logique, déduire des lois générales pour comprendre les phénomènes économiques complexes. La théorie nous fournit les outils qui nous aident à mieux analyser les faits en les organisant de manière cohérente afin d’en déduire des lois plus générales.

La suite sur Contrepoints

Posted in Economie Autrichienne | Leave a comment

Technologie du Bitcoin

1 – Le bitcoin et les cryptomonnaies s’apprêtent à nous
faire changer de monde. Pourtant, nous continuons à
nous méprendre sur ce sujet, entre totem et tabou. Comme avec
le web dans les années 1990, la France, alors qu’elle a tous les
atouts pour devenir un leader mondial de cette révolution écono‑
mique et culturelle, risque de se laisser distancer.
2 – La blockchain au sens strict est une technologie
relativement ancienne, inventée avant le bitcoin.
L’expression “ technologie blokchain ” recouvre des réalités dis‑
parates qui n’ont pas toujours grand-chose en commun. Le
protocole Bitcoin, lui, est révolutionnaire : il permet, pour la pre‑
mière fois, de faire fonctionner un réseau où sont possibles des
transferts de valeur de manière décentralisée, sans validation
par un tiers de confiance et sans risque de censure.
3 – La monnaie est donc la première “ killer app ” de ce
que l’on appelle la “ technologie blockchain ”, tout
en étant également un rouage essentiel de son fonctionnement.
Nous assistons à une accélération foudroyante du
progrès technologique dans le domaine monétaire. Pour la pre‑
mière fois dans l’histoire de l’humanité, une monnaie a comme
sous-jacent un réseau ultra-sécurisé  : cela signifie l’intégration
du système de paiement et de la monnaie, deux éléments qui
étaient toujours restés distincts. La monnaie est mise en réseau,
“ plateformisée ”. Elle devient décentralisée et programmable. Elle
est transformée par la technologie de la même manière que les
processus de production et de diffusion de l’information ont été
totalement transformés par Internet. D’importants efforts de
recherche sont en cours pour rendre possible, sur la blockchain
Bitcoin, une forme de monnaie en “ streaming ”, pour un coût
négligeable et avec un anonymat renforcé. Bitoin sera une com‑
posante à part entière de la nouvelle révolution industrielle en
germe avec l’intelligence artificielle, les objets connectés et les
robots  : pour s’échanger de la valeur, des données, des titres
juridiques et des ordres, ces entités utiliseront en priorité les
cryptomonnaies et les blockchains.
4 –  Avec Bitcoin, la monnaie échappe, pour la première
fois depuis des siècles, à l’État et aux banques. Il
s’agit d’un fait historique majeur. Les inquiétudes en matière de
blanchiment, de financement d’activités illégales, de fraude fis‑
cale, de spéculation, de volatilité et de coût environnemental sont
certes légitimes. Mais Bitcoin et les cryptomonnaies sont des enti‑
tés “ antifragiles ” au sens de Nassim Nicolas Taleb : l’adversité est
un contexte propice à leur développement. Pour comprendre son
origine et son évolution actuelle, il faut se souvenir que Bitcoin
est l’aboutissement de plusieurs décennies d’expérimentations
techniques et de réflexions philosophiques et économiques, bien
avant la crise de 2008.
5 – Bitcoin est l’héritier des “ cypherpunks ” des années
1990 qui ont compris que l’essor d’internet, tout en libérant
l’individu, allait aussi le soumettre à un risque de surveillance
extrêmement préoccupant.
6 –  L’accumulation de désastres monétaires tout au
long du XXème siècle suggère que, contrairement
à l’idée reçue, la monnaie est une chose trop importante pour
être laissée à l’État. Comme le montre l’école de pensée autri‑
chienne, les cycles économiques sont essentiellement créés par
les manipulations monétaires des autorités publiques, avec des
conséquences sociales et économiques catastrophiques. Depuis
1971, par ailleurs, les monnaies étatiques n’ont plus aucun autre
sous-jacent que la coercition qui rend leur usage obligatoire. Et,
depuis 2008, les politiques monétaires ultra-expansionnistes
créent de nouveaux risques et font peser des doutes croissants
sur la capacité des monnaies étatiques à jouer leur rôle de mon‑
naie saine.
Dès 1984, Hayek déclarait : “je ne crois pas au retour d’une
monnaie saine tant que nous n’aurons pas retiré la monnaie
des mains de l’État ; nous ne pouvons pas le faire
violemment ; tout ce que nous pouvons faire, c’est, par
quelque moyen indirect et rusé, introduire quelque chose
qu’il ne peut pas stopper “. C’est chose faite avec Bitcoin.
7 –  Le fait que la monnaie devienne programmable
ouvre, par ailleurs, une nouvelle ère de décentrali‑
sation des institutions et d’autonomie pour les individus. De
nouvelles blockchains comme Ethereum ont le potentiel de
contribuer à révolutionner pratiquement tous les secteurs d’ac‑
tivité. De nouvelles formes d’organisation vont émerger, sans
autorité centrale et sans assise nationale. Il est urgent de réflé‑
chir aux conséquences juridiques, politiques et culturelles de
cette évolution.
8 – Une compétition mondiale intense est engagée
dans ce domaine. Identifier les risques de la technolo‑
gie est bien sûr nécessaire mais ne doit pas conduire à étouffer
l’innovation et la création, ce qui priverait la France des bénéfices
d’une des révolutions économiques et culturelles majeures de
notre époque. Les régulateurs devraient donc adopter une atti‑
tude raisonnable face aux cryptomonnaies et aux blockchains.
Il convient de maintenir aussi faible que possible le poids de la
fiscalité et des contraintes réglementaires pesant sur les entre‑
preneurs, les investisseurs, les créateurs et les consommateurs.
D’autres pays ont déjà compris cette nécessité.

La suite ici

Posted in Bitcoin Blockchains Ethereum, Economie Autrichienne | Leave a comment

Monnaie et liquidité font deux.

1. La géométrie d’Euclide.

En 1838, dans un livre intituléRecherche sur les principes mathématiques de la théorie des richesses , Antoine Augustin Cournot a expliqué, à l’aide d’une mathématique (à savoir la “géométrie euclidienne”), deux relations supposées exister entre une quantité de marchandises et un prix en monnaie de la marchandise.
L’une est la loi d’offre qui varie dans le sens du prix, l’autre, la loi de demande qui varie en sens contraire.

L’idée a fait florès avec la déduction de ces lois qu’a été la notion de “marché” que certains ont identifiée malencontreusement à un lieu…
Le marché est un concept, rien d’autre.

Dans le langage commun, la “bourse des valeurs” est, certes, un lieu que beaucoup prennent pour synonyme ou représentatif du marché.
Mais, avant d’être telle, la “bourse des valeurs” n’est qu’une organisation, un “marché organisé”, bref une firme bien délimitée dans l’espace, dont un des produits est de permettre aux gens d’échanger des valeurs.

De ce point de vue, firme et marché font deux.

2. La « courbe de préférence pour la liquidité ».

Près d’un siècle plus tard, en 1936, John Maynard Keynes a introduit la notion de “préférence pour la liquidité” dans son ouvrage intitulé Théorie de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, comme une relation, une courbe supposée exister entre la “quantité de liquidité” et le “taux d’intérêt”.

William Hutt (1956) s’est intéressé dans le chapitre d’un livre sur ce que pouvait bien vouloir dire le mot “liquidité” non défini par Keynes.(1)
(1) Hutt, W.H. (1956) “The Yield from Money Held”, dans Sennholz, M. ed., On Freedom and Free Enterprise: Essays in Honor of Ludwig von Mises, Mises Institute.

Le mot “liquidité” remplaçait, certes, d’autres “mauvais” mots du type “monnaie naturelle ou artificielle”, “bonne ou mauvaise monnaie”, “vraie ou fausse monnaie”, “monnaie saine ou insane”, “monnaie forte ou faible”, etc.

Mais il faisait dériver la théorie économique vers des lieux d’ignorance d’où elle ne sortira plus jamais, au moins jusqu’à présent…

La suite sur le blog du Professeur Georges Lane

Posted in Monnaie et finances | Leave a comment

Un méfait économique.

Un faux principe économique par excellence porte sur ce qu’on dénomme les “avantages relatifs” des pays, notion déduite indirectement des quantités de travail des gens.

1. Autarcie et libre échange.

Depuis au moins David Ricardo (1772-1823), des économistes comparent “autarcie” et “libre échange” des pays et concluent à des avantages relatifs des pays quand ceux-ci ont abandonné l’autarcie, leur état initial supposé, pour le libre échange.

. L’échange.

Longtemps après Ricardo, Friedrich von Hayek (1899-1992) a expliqué le mot “échange” dans son livre intituléDroit, législation et liberté, publié d’abord en anglais dans la décennie 1970, puis dans la décennie 1980 en France, dans le chapitre 10 intitulé “L’ordre de marché ou catallaxie” dans le tome II qui est intitulé Le mirage de la justice sociale :

« Une économie, au sens strict du mot qui permet d’appeler « économie » un ménage, une ferme ou une entreprise, consiste en une combinaison d’activités par laquelle un ensemble donné de moyens se trouve affecté selon un plan unitaire et réparti entre les diverses tâches d’après leur importance respective.
L’ordre de marché ne sert nullement un tel agencement unitaire d’objectifs.

Ce qui est d’ordinaire appelé une économie sociale ou nationale n’est pas en ce sens une unité économique mais un réseau de nombreuses économies imbriquées les unes dans les autres.
Nous verrons que son ordre partage, avec l’ordre d’une économie proprement dite, certains caractères formels mais non pas le plus important : les activités d’une nation ne sont pas gouvernées par une unique échelle ou hiérarchie d’objectifs.

La croyance
– que les activités économiques des individus membres de la société sont, ou devraient être, les éléments partiels d’une économie au sens propre du terme, et
– que ce que l’on appelle communément l’économie d’un pays ou d’une société devrait être agencé et jugé d’après les mêmes critères qu’une économie proprement dite,
est la principale source d’erreurs dans ce domaine.

Pourtant, chaque fois que nous parlons de l’économie d’un pays, ou du monde, nous employons un terme qui suggère que ces systèmes devraient être conduits à la manière socialiste, et dirigée suivant un plan unique de façon à servir un ensemble unitaire d’objectifs.

Alors qu’une économie proprement dite est une organisation, dans le sens technique que nous avons donné à ce mot — c’est-à-dire un agencement délibéré d’un seul organe collectif pour l’emploi de moyens connus — le kosmos du marché n’est ni ne peut être ainsi gouverné par une échelle unique d’objectifs ;
il sert la multitude des objectifs distincts et incommensurables de tous ses membres individuels.

La confusion engendrée par l’ambiguïté du mot économie est si grave que, pour notre propos actuel, il apparaît nécessaire
– d’en cantonner l’usage strictement dans son sens originaire : celui d’un complexe d’actions délibérément coordonnées visant un seul faisceau d’objectifs ; et
– d’adopter un autre terme pour évoquer le réseau de nombreuses économies en relations mutuelles, qui constitue l’ordre de marché.

Puisque le nom de « catallactique » a depuis longtemps été proposé pour la science – qui étudie l’ordre de marché, et
– qu’il a récemment été tiré de l’oubli,
il semble tout indiqué d’adopter un mot correspondant pour l’ordre de marché lui-même.

Le terme « catallactique » a été tiré du verbe greckatallattein (ou katallassein) qui signifiait originairement, et de façon éclairante, non seulement « échanger »
mais aussi « admettre dans la communauté » et « faire d’un ennemi un ami ».
De là, l’adjectif « catallactique » a été dérivé pour remplacer « économique » afin de désigner l’espèce de phénomène dont s’occupe la science de la catallactique.
Les anciens Grecs ne connaissaient pas ce terme, et n’avaient pas de substantif correspondant ; s’ils en avaient forgé un, c’eût été probablement katallaxia.

De là nous pouvons former un mot moderne, catallaxie, que nous emploierons pour désigner l’ordre engendré par l’ajustement mutuel de nombreuses économies individuelles sur un marché.
Une catallaxie est ainsi l’espèce particulière d’ordre spontané produit par le marché à travers les actes de gens qui se conforment aux règles juridiques concernant la propriété, les dommages et les contrats.” (Hayek, 1986, pp. 129-131).
Il est à souligner que, dans ce texte de Hayek, il est tacite que l’échange des droits de propriété sur les choses est libre et que le libre échange recouvre, en particulier, la liberté des gens de changer de pays.

La suite sur le Blog du Professeur Georges Lane

Posted in Economie Autrichienne, théories économiques | Leave a comment