Technologie du Bitcoin

1 – Le bitcoin et les cryptomonnaies s’apprêtent à nous
faire changer de monde. Pourtant, nous continuons à
nous méprendre sur ce sujet, entre totem et tabou. Comme avec
le web dans les années 1990, la France, alors qu’elle a tous les
atouts pour devenir un leader mondial de cette révolution écono‑
mique et culturelle, risque de se laisser distancer.
2 – La blockchain au sens strict est une technologie
relativement ancienne, inventée avant le bitcoin.
L’expression “ technologie blokchain ” recouvre des réalités dis‑
parates qui n’ont pas toujours grand-chose en commun. Le
protocole Bitcoin, lui, est révolutionnaire : il permet, pour la pre‑
mière fois, de faire fonctionner un réseau où sont possibles des
transferts de valeur de manière décentralisée, sans validation
par un tiers de confiance et sans risque de censure.
3 – La monnaie est donc la première “ killer app ” de ce
que l’on appelle la “ technologie blockchain ”, tout
en étant également un rouage essentiel de son fonctionnement.
Nous assistons à une accélération foudroyante du
progrès technologique dans le domaine monétaire. Pour la pre‑
mière fois dans l’histoire de l’humanité, une monnaie a comme
sous-jacent un réseau ultra-sécurisé  : cela signifie l’intégration
du système de paiement et de la monnaie, deux éléments qui
étaient toujours restés distincts. La monnaie est mise en réseau,
“ plateformisée ”. Elle devient décentralisée et programmable. Elle
est transformée par la technologie de la même manière que les
processus de production et de diffusion de l’information ont été
totalement transformés par Internet. D’importants efforts de
recherche sont en cours pour rendre possible, sur la blockchain
Bitcoin, une forme de monnaie en “ streaming ”, pour un coût
négligeable et avec un anonymat renforcé. Bitoin sera une com‑
posante à part entière de la nouvelle révolution industrielle en
germe avec l’intelligence artificielle, les objets connectés et les
robots  : pour s’échanger de la valeur, des données, des titres
juridiques et des ordres, ces entités utiliseront en priorité les
cryptomonnaies et les blockchains.
4 –  Avec Bitcoin, la monnaie échappe, pour la première
fois depuis des siècles, à l’État et aux banques. Il
s’agit d’un fait historique majeur. Les inquiétudes en matière de
blanchiment, de financement d’activités illégales, de fraude fis‑
cale, de spéculation, de volatilité et de coût environnemental sont
certes légitimes. Mais Bitcoin et les cryptomonnaies sont des enti‑
tés “ antifragiles ” au sens de Nassim Nicolas Taleb : l’adversité est
un contexte propice à leur développement. Pour comprendre son
origine et son évolution actuelle, il faut se souvenir que Bitcoin
est l’aboutissement de plusieurs décennies d’expérimentations
techniques et de réflexions philosophiques et économiques, bien
avant la crise de 2008.
5 – Bitcoin est l’héritier des “ cypherpunks ” des années
1990 qui ont compris que l’essor d’internet, tout en libérant
l’individu, allait aussi le soumettre à un risque de surveillance
extrêmement préoccupant.
6 –  L’accumulation de désastres monétaires tout au
long du XXème siècle suggère que, contrairement
à l’idée reçue, la monnaie est une chose trop importante pour
être laissée à l’État. Comme le montre l’école de pensée autri‑
chienne, les cycles économiques sont essentiellement créés par
les manipulations monétaires des autorités publiques, avec des
conséquences sociales et économiques catastrophiques. Depuis
1971, par ailleurs, les monnaies étatiques n’ont plus aucun autre
sous-jacent que la coercition qui rend leur usage obligatoire. Et,
depuis 2008, les politiques monétaires ultra-expansionnistes
créent de nouveaux risques et font peser des doutes croissants
sur la capacité des monnaies étatiques à jouer leur rôle de mon‑
naie saine.
Dès 1984, Hayek déclarait : “je ne crois pas au retour d’une
monnaie saine tant que nous n’aurons pas retiré la monnaie
des mains de l’État ; nous ne pouvons pas le faire
violemment ; tout ce que nous pouvons faire, c’est, par
quelque moyen indirect et rusé, introduire quelque chose
qu’il ne peut pas stopper “. C’est chose faite avec Bitcoin.
7 –  Le fait que la monnaie devienne programmable
ouvre, par ailleurs, une nouvelle ère de décentrali‑
sation des institutions et d’autonomie pour les individus. De
nouvelles blockchains comme Ethereum ont le potentiel de
contribuer à révolutionner pratiquement tous les secteurs d’ac‑
tivité. De nouvelles formes d’organisation vont émerger, sans
autorité centrale et sans assise nationale. Il est urgent de réflé‑
chir aux conséquences juridiques, politiques et culturelles de
cette évolution.
8 – Une compétition mondiale intense est engagée
dans ce domaine. Identifier les risques de la technolo‑
gie est bien sûr nécessaire mais ne doit pas conduire à étouffer
l’innovation et la création, ce qui priverait la France des bénéfices
d’une des révolutions économiques et culturelles majeures de
notre époque. Les régulateurs devraient donc adopter une atti‑
tude raisonnable face aux cryptomonnaies et aux blockchains.
Il convient de maintenir aussi faible que possible le poids de la
fiscalité et des contraintes réglementaires pesant sur les entre‑
preneurs, les investisseurs, les créateurs et les consommateurs.
D’autres pays ont déjà compris cette nécessité.

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Un groupe de chercheurs en économie autrichienne
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