L’Ecole autrichienne et son importance pour la science économique moderne*

Dans ce texte de 1996 intitulé «Die Österreichishe Schule und ihre Bedeutung für die moderne Wirtschaftswissenschaft» (traduit en français par François Guillaumat, “L’école autrichienne et son importance pour la science économique moderne“), Hans Hermann Hoppe rappelle ce qu’est la tradition des économistes qui a constitué l’Ecole de pensée économique dite « autrichienne » , de Carl Menger (1840-1921) à Murray Rothbard (1926-95).

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“L’histoire  ostensible**  de l’Ecole autrichienne  est rapide  à raconter.
Celle-ci  commence avec  Carl Menger (1840-1924)  et ses Principes de l’économie politique. [Grundsätze der Volkswirtschaftslehre]  parus en  1871.
Cet ouvrage faisait de Menger — en même temps que William Stanley Jevons  et Léon Walras  mais  indépendamment d’eux —  le fondateur  de la théorie moderne,  “subjectiviste”,  de la valeur.

C’est Menger qui,  comme disait Joseph Schumpeter,  est le démolisseur de David Ricardo  et du système ricardien[1].
Alors que l’économie politique britannique classique  — d’Adam Smith à John Stuart Mill  en passant par Ricardo  et  Karl Marx —  avait toujours  vainement cherché  à expliquer  la valeur  des biens  et leurs prix  par des grandeurs  “objectives”  telles que l’effort de travail  et/ou  les coûts de production,
Menger  opéra  une révolution copernicienne  en démontrant
– que  — bien au contraire —  ce sont l’effort de travail  et les coûts de production  qui sont déterminés  par les valeurs et les prix anticipés,  et
– qu’un principe unique — celui  de la valeur subjective  à  la marge  [la valeur perçue  des objets  de l’action  à l’occasion  de celle-ci] — peut expliquer  l’ensemble des phénomènes économiques :  la rareté,  la production,  l’échange,  la monnaie et l’intérêt[2].

L’école autrichienne atteignit son deuxième sommet  avec Eugen von Böhm-Bawerk  (1851-1914),  disciple le plus important de Menger,  et son Kapital und Kapitalzins  [Capital et intérêt]  paru en 1884.
Böhm-Bawerk compléta  l’oeuvre de Menger  dans les domaines  de la théorie de l’intérêt et du capital,  pour l’étendre  jusqu’à une théorie systématique  de l’économie capitaliste.

Puis  lui succéda  son plus brillant disciple,  Ludwig von Mises (1881-1973).
La position prépondérante  de Mises  au sein  de l’école autrichienne  repose sur quatre oeuvres  maîtresses :
– la Theorie des Geldes  und der Umlaufsmittel  de 1912 [Théorie de la monnaie et du crédit*],
Die Gemeinwirtschaft, ‘ Untersuchungen über den Sozialismus  de 1922 [Le Socialisme (1952)**],
Human Action,  A Treatise on Economics publié  en 1949 [L’Action Humaine (1985)] et
– Theory and History. An Interpretation  of Social  and Economic  Evolution  paru en 1957***.

Avec ces travaux,  Mises  élargissait  le système  de Menger  et Böhm-Bawerk  à  la théorie monétaire  et conjoncturelle  pour en faire une théorie de toutes les formes pensables de la coopération sociale. En outre,  s’appuyant  sur les Recherches sur la méthode des Sciences sociales et  de l’économie politique (1883) [Untersuchungen  über die Methode  der Sozialwissenschaften und der politischen Ökonomie insbesondere****]  de Menger,  Mises était parvenu
– à élucider les fondements  philosophiques et épistémologiques  de la théorie de la valeur  “subjective” ainsi que de l’économie politique,  et
– à reformuler les énoncés de la théorie économique  comme ceux d’une “logique de l’actiona priori,  axiomatique-déductive (la praxéologie) et,  partant  de là,
– à proposer  une représentation  systématiquement  complète  du corpus  des sciences sociales théoriques  qu’il était possible  de reconstruire  sur  la base de la praxéologie.

Et enfin,  le théâtre des opérations  s’étant déplacé de Vienne,  de l’Autriche  et de l’Europe  vers New York et les Etats-Unis  à la suite de l’émigration de Mises en 1940 aux Etats-Unis,  apparut le plus grand des disciples de Mises,  Murray N. Rothbard (1926-1995,
– avec son Man, Economy, and State  en 1962,
The Ethics of Liberty en 1982 [L’Ethique de la liberté (1991)],
– puis Economic Thought  Before Adam Smith  et Classical Economics  en 1995.

Dans ces ouvrages,  Rothbard  nettoyait  les incohérences  restant dans le système misésien,  en matière de théorie du monopole  et de théorie de l’Etat  (la production de la sécurité).
Il associait l’économie autrichienne  (la praxéologie)  et  la théorie du droit naturel  (l’éthique)  dans une théorie générale  (libertarienne)  de la liberté humaine.
Il projetait  et esquissait aussi  le programme d’une historiographie  “révisionniste”,  éclairée par l’économie et  la philosophie politiques.

La suite sur le présent site.

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Un groupe de chercheurs en économie autrichienne
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