Les Hypothèses de travail dans la science économique

Ludwig Von MISES

La science économique n’a pas la possibilité de se servir de la méthode à laquelle les sciences naturelles sont redevables de leurs grands progrès ; l’économiste n’a pas la faculté, en effet, d’instituer des expériences. Le physicien se sert de l’expérimentation pour étudier les effets qu’entraîne la modification d’une condition isolée. « L’expérimentation, c’est l’étude d’un phénomène provoqué ». Le Savant s’efforce, par le moyen de l’expérience provoquée, de déterminer l’interdépendance ou l’indépendance des éléments ou conditions d’un phénomène donné. La préoccupation principale, au cours de l’expérimentation, est donc d’arriver à isoler la modification dont on se propose d’étudier les effets. Si cette condition d’isolement n’est pas pleinement réalisée, et si la modification que l’on se propose d’observer s’accompagne d’autres modifications encore, le résultat de l’expérience risque d’être faussé. Car ce résultat ne peut être réellement satisfaisant qu’autant que, toutes autres conditions égales, la modification n’a porté que sur l’élément exclusivement dont on désire déterminer le rôle.

Les méthodes d’observation auxquelles la science économique peut recourir diffèrent complètement de celles que les physiciens ou les biologues appliquent au cours des expériences provoquées en laboratoire. Les économistes ne peuvent pas instituer des expériences. On s’est parfois, au cours de ces dernières années, en particulier aux États-Unis, à désigner par le terme de laboratoire les bureaux ou les services qui procèdent à l’élaboration des données statistiques. Mais c’est là une désignation tout à fait impropre, car les associations d’idées qu’elle engendre risquent de voiler les différences fondamentales existant entre le travail du physicien ou du biologiste dans son laboratoire et les travaux de ceux qui analysent les données statistiques concernant les prix, les salaires ou le taux de l’intérêt. Les données statistiques sont, de même que tous les phénomènes dont s’occupe la science économique, des faits de nature historique. Or la connaissance historique porte toujours sur des faits complexes impliquant la modification simultanée de conditions multiples et diverses ; l’observation de faits de nature historique ne permet par suite jamais de conclure à l’interdépendance de deux éléments donnés d’un phénomène avec le même degré de certitude que cette conclusion peut comporter à la suite d’une expérience provoquée en laboratoire. On ne peut jamais établir, en effet, que deux phénomènes d’ordre historique soient nécessairement liés entre eux, car on ne peut jamais les étudier dans un cadre où toutes les autres conditions demeureraient identiques. L’observation des phénomènes d’ordre historique est précisément caractérisée par le fait que les conditions de l’observation ne demeurent jamais identiques : « caetera non sunt paria ».

La science économique doit donc appliquer d’autres méthodes que les sciences naturelles. Elle doit avoir recours à des expériences fictives. Elle doit s’efforcer de forger par la pensée, et en recourant à des constructions fictives auxiliaires, les moyens qui lui permettent de suppléer à ce que l’observation ne saurait lui fournir.

La suite sur le site d’Hervé de Quengo

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Un groupe de chercheurs en économie autrichienne
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