le concept de la valeur de la monnaie par Ludwig von Mises

1. Les facteurs subjectifs et objectifs dans la théorie de la valeur de la monnaie

L’élément central du problème économique de la monnaie est la valeur d’échange objective de la monnaie, ce qu’on a l’habitude d’appeler son pouvoir d’achat. C’est le point de départ nécessaire de toute discussion, car c’est seulement en liaison avec sa valeur d’échange objective que se manifestent les propriétés particulières de la monnaie, qui la différencient des autres biens.

Il ne faut pas croire que ceci implique que la valeur subjective est moins importante dans la théorie de la monnaie qu’ailleurs. Les estimations subjectives des individus sont la base de l’évaluation économique de la monnaie comme pour tous les autres biens. Et ces estimations subjectives proviennent au final, dans le cas de la monnaie comme pour les autres biens économiques, de la condition nécessaire reconnue de l’existence d’une utilité, certains buts ultimes d’un individu étant donnés. [1] Néanmoins, alors que l’utilité des autres biens dépend de certains faits extérieurs (la valeur d’usage objective du bien) et de certains faits internes (la hiérarchie des besoins humains), c’est-à-dire de conditions qui n’appartiennent pas au domaine économique mais sont en partie d’une nature technique et en partie d’une nature psychologique, la valeur subjective de la valeur de la monnaie est conditionnée par sa valeur d’échange objective, c’est-à-dire par une caractéristique qui ressortit au domaine de l’économie.

Dans le cas de la monnaie, la valeur d’usage subjective et la valeur d’échange subjective coïncident. [2] Les deux découlent de la valeur d’échange objective, car la monnaie n’a pas d’autre utilité que celle provenant de la possibilité de l’échanger contre d’autres biens économiques. Il est impossible de concevoir une autre fonction à la monnaie, en tant que monnaie, qui puisse être séparée de sa valeur d’échange objective. Tant que l’on parle de la valeur d’usage d’une marchandise, il est sans importance de savoir si ce bien a aussi une valeur d’échange. Mais, pour que la monnaie puisse avoir une valeur d’usage, l’existence de sa valeur d’échange est essentielle.

On peut aussi exprimer la particularité de la valeur de la monnaie en disant que, tant que l’on s’intéresse à un individu, la monnaie n’a pas de valeur d’usage du tout, mais seulement une valeur d’échange subjective. C’est ce que font, par exemple, Rau [3] et Böhm-Bawerk [4]. Que l’on emploie l’une ou l’autre formulation, la recherche scientifique des caractéristiques de la monnaie conduira aux mêmes conclusions. Il n’y a pas de raison d’engager une discussion sur ce sujet, en particulier depuis que la distinction entre valeur d’usage et valeur d’échange ne tient plus dans la théorie de la valeur la place importante qu’elle avait autrefois. [5] La seule chose qui nous concerne est de montrer que la tâche de l’économie à propos de la valeur de la monnaie est une tâche plus grande que celle à propos de la valeur des marchandises. En expliquant la valeur des marchandises, l’économiste peut et doit se contenter d’accepter les valeurs subjectives comme des données et laisser au psychologue le rôle de trouver leurs origines. A l’inverse, le vrai problème de la valeur de la monnaie commence seulement où il s’arrête dans le cas de la valeur des marchandises : la recherche des déterminants objectifs de sa valeur subjective, car il n’y a pas de valeur subjective de la monnaie sans valeur d’échange objective. Ce n’est pas le rôle de l’économiste, mais celui des spécialistes des sciences naturelles, d’expliquer pourquoi le blé est utile à l’homme et pourquoi ce dernier lui donne de la valeur. Mais c’est à l’économiste et à lui seul d’expliquer l’utilité de la monnaie. Considérer la valeur subjective de la monnaie sans discuter de la valeur d’échange objective est impossible. Au contraire des marchandises, la monnaie ne serait jamais utilisée si elle n’avait pas de valeur d’échange objective, pas de pouvoir d’achat. La valeur subjective de la monnaie dépend toujours de la valeur subjective des autres biens économiques qu’on peut échanger contre elle. Sa valeur subjective est en fait un concept dérivé. Si nous voulons estimer l’importance attribuée à une certaine somme de monnaie, connaissant la dépendance d’une satisfaction donnée vis-à-vis d’elle, nous ne pouvons le faire qu’avecl’hypothèse que la monnaie possède une valeur d’échange objective donnée. “La valeur d’échange de la monnaie est la valeur d’usage anticipée des choses qu’on peut obtenir avec elle”. [6] A chaque fois que quelqu’un donne une valeur à la monnaie, c’est parce qu’il suppose qu’elle a un certain pouvoir d’achat.

La suite sur le site D’Hervé de Quengo

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Un groupe de chercheurs en économie autrichienne
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